FAITES VIBRER!


 

On dit que la Lorraine héberge en son sein un peuple joyeux dont le plus grand plaisir est, lorsque la nuit a enfilé sa robe étoilée puis son vison de grisaille, de se rendre dans des lieux sympathiques écouter de la musique, voyager par des histoires, s’étonner devant la danse de beautés athlétiques… Bref, il est une légende bien largement pratiquée qui dit que le lorrain est un grand consommateur de culture. Et cette légende rejoindrait un autre mythe selon lequel la lorraine possède un inestimable vivier d’artistes, professionnels et amateurs, qui s’appliquent à assouvir ce frénétique appétit artistique. Certes, dans ce tableau joyeux, on n’y trouve ni la mer, ni la montagne, mais on y croise de joyeux troubadours à chaque coin de rue, et qu’à défaut de soleil, la lune vous y sourit chaque fois que le gris de Toul vous fait bénir le ciel !

Au milieu de cette contrée envahie par une tyrannique bonne humeur, une poignée d’individus, pourtant, semble résister involontairement, ou du moins ne pas profiter de l’air du temps avec autant d’intensité que nous autres à cette grâce. Ces êtres vivent dans des maisons, des instituts, des foyers, dans tous ces lieux que l’on dit spécialisés, qui ne peuvent que trop rarement s’offrir le luxe d’accueillir un spectacle ou une animation en leur sein, et qui offrent au-delà du soin médical tout un environnement stimulant qui tente chaque jour de cultiver une dignité tout juste convenue.

   

Que pouvons nous y faire ? Nous, un petit collectif de cinq artistes, et vous qui avez le courage de suivre les pérégrinations de cette page ? Nous tendons à croire que tous ceux qui cultivent une fibre artistique, une activité génératrice d’étonnement, peuvent participer à une épidémie absolue de bonne humeur.
Ceci a les allures d’un conte, nous risquons donc de vous mentir un peu… petite démagogie de circonstance. Vous pourrez vérifier en allant voir de plus près que certaines institutions et certains résidents sont mieux lotis que d’autres. On peut observer, par exemple, que des réseaux plus ou moins formels associant les structures d’accueil spécialisées et les artistes sont présents dans des grandes villes, alors que les structures établies dans les campagnes ont beaucoup plus de mal à trouver des intervenants, professionnels comme amateurs…

   

Notre collectif a développé ses spectacles de contes musique et danse avec le but de pouvoir s’adapter à la plus grande diversité de lieux et de s’adresser au plus grand nombre de publics possibles. C’est donc en suivant cette logique que les structures d’accueil spécialisées faisaient parti des portes poussées lors de nos démarches de communication. Atterrissant de fil en aiguille dans des réunions où les responsables d’associations et de structures ont pu exprimer leurs besoins, nous avons pu constater qu’il n’y avait pas seulement une attente en terme d’interventions ponctuelles au sein des établissements, mais que les responsables étaient également à la recherche d’animations régulières, sous forme de rendez-vous ou d’ateliers intra muros ou dans des lieux extérieurs accessibles.

Nous pourrions témoigner sur nos propres expériences, faire part des doutes échangés en début de spectacle, puis des émotions partagées, de la réceptivité hors norme de chaque individu rencontré. S’attarder sur des souvenirs de scène qui nous ont marqués, sur des projets en cours, sur des anecdotes qui nous ont fait réfléchir, comme ces jeunes adolescents d’un IME qui, après un spectacle nous ont changé notre roue de voiture crevée, en nous annonçant fièrement : « votre métier c’est de nous faire rire, le nôtre c’est de réparer vos voitures ! »… Mais l’avenir est sûrement plus important que ces souvenirs.

   

Des ouvertures ont déjà été réalisées ces dernières années en faveur de ce qui désormais s’appelle « le public inadapté », et la charte d’Ottawa qui dessinait les traits d’une meilleure intégration de ce public dans nos sociétés, a connu des répercutions politiques locales dans des programmes d’aménagement architecturaux, et de politiques d’emplois. Mais quelle forme peut avoir l’application de ce droit à la dignité si nous l’imputons à la seule prise d’initiatives des responsables politiques ? A nous tous, à présent, de réaliser ce qu’ils n’ont pas le pouvoir de faire : le développement d’un réseau de personnes proposant une grande diversité de rencontres stimulantes pour un public ayant le droit de s’épanouir grâce à un environnement qui ne se contente pas de le préserver et le soigner.

Chers amis, et vous autres qui nous connaissez trop pour risquer de nous apprécier aveuglément, nous n’allons pas vous inviter à frapper à la porte de l’institution d’accueil spécialisé la plus proche de chez vous dès demain matin, car ce serait un peu violent de notre part, et sûrement sans autre effet qu’un large sourire motivé par le spectacle d’une douce utopie. Non voulons plutôt vous inviter à reconsidérer les qualités que vous avez, en tant qu’artistes amateurs ou professionnels, et au-delà de l’affirmation de votre art dans le champ qu’il couvre, à reconnaître cette sensibilité que vous savez partager. Le public handicapé est un public devant lequel on ne peut pas mentir, et devant lequel on ne peut se présenter que naturellement, sans se forcer. C’est un public, qui comme tout autre, va vivre une rencontre, recevoir et remercier. C’est un public qu’il faut savoir aller rencontrer, et ceci ne demande pas de technique particulière, pour les premiers pas à faire, juste une volonté.

   
Chers amis et autres lecteurs, que la nature a su gâter de jardins multicolores, nous vous invitons à regarder ces fleurs qui peuplent vos esprits, et à imaginer quelques instants quel bouquet vous pourriez bien confectionner, un jour, pour que certaines personnes, aux sensibilités particulières, aux modes de communications différents, et aux intelligences mystérieuses, puissent éprouver intensément cette vibration qui émane de votre vie, cette émotion essentielle qu’ils méritent mais que trop souvent encore, par malaise devant la différence, on leur oublie.
Cette page n’est pas un consacrée à un conte, mais à un cri de ralliement qui tente de féconder votre sensibilité déjà tellement éveillée:

Faites vibrer!

Philos

En savoir plus sur notre projet "Faites Vibrer!"

 

 

 

 

 

 

 

 

Nos animations adaptées

Maisons de Retraite

Publics Inadaptés